L'entre-deux-guerres

Les socialistes obtenaient la majorité absolue

Les deux décades qui suivirent transformèrent la vie de notre cité spécialement dans le domaine de la politique, de l’économie et des loisirs.

LA VIE POLITIQUE:
En 1920, fut construite l'école communale des garçons au boulevard du Nord. Elle prolongea, puis remplaça la vieille école du Trieu des Bois

Les directeurs en furent : Messieurs Elie Wéry jusqu'en 1930, ensuite Gaston Fabry de 1930 à 1950, Léopold Thiry de 1950 à 1956, 0scar Dupont du 1-9-1956 au 31-12-1956, Léon Detiège de 1957 à 1959, André Wéry à partir de 1959.

Les vieilles écoles communales pour filles de la rue de l'Enseignent s’agrandirent par l'installation d'un bâtiment supplémentaire au boulevard du Midi (ce dernier devait être cédé à l'État en 1930 pour l'ouverture d'une École Moyenne pour filles).

L'école communale des garçons au boulevard du Nord

(L'école communale des garçons au boulevard du Nord)

 

Le 7 août 1921, fut inauguré, face à la gare, un monument en l'honneur des victimes de la guerre 1914-1918, avec le concours de la musique du 2e Chasseurs à pied. Après la cérémonie, une remise de diplômes et de médailles aux combattants fontainois eut lieu à l'hôtel de ville.

La gare

(La gare)

Le 8 mai 1925, le Conseil communal émit un avis favorable sur le projet d’ouverture d'une ligne vicinale reliant Fontaine-l’Évêque à Marchienne-au-Pont. Durant la guerre 1914-1918, ce trajet était couvert journellement par des voitures qui conduisaient les voyageurs en break de la ligne Anderlues-Fontaine-Trazegnies vers le centre du Pays Noir. La prise en charge des voyageurs se faisait au Nouveau-Philippe et dans la rue L. Delattre.

Jusqu'en 1926, l'Administration communale avait été dirigée par deux grandes formations : les partis libéral et catholique qui obtenaient alternativement le pouvoir. Le suffrage universel allait permettre aux travailleurs d'avoir leur mot à dire dans la gestion de la ville ; aux élections de 1926, pour la première fois, les socialistes obtenaient la majorité absolue, majorité qu'ils conservent encore aujourd'hui.

La première chose importante qu'ils réalisèrent, fut l'érection de la Cité Chavée.

Les volontaires travaillent le dimanche à creuser les fondations

(Les volontaires travaillent le dimanche à creuser les fondations)

Un généreux donateur, Paul Chavée, avait laissé sa fortune à la ville pour qu'elle fasse construire des habitations pour les indigents locaux; trente-six maisonnettes furent bâties à la rue de Beaulieusart. De nombreux Fontainois travaillèrent gracieusement aux fondations; d’autres apportèrent leur collaboration financière ; l'inauguration officielle de la Cité Chavée eut lieu les 20-21 et 22 septembre 1930 au cours de festivités restées mémorables. Ces habitations remplacèrent les taudis de l'hospitau situés entre le bas de la Place communale et le château. Cette même année, la ville de Fontaine-l'Évêque, comme tout le pays, célébra pompeusement les fêtes du Centenaire de l'Indépendance de la Belgique ; un grand cortège parcourut la ville.

Cité ChavéeCité Chavée

(Cité Chavée)

Une petite brochure, due à Monsieur Ghislain Hecq, instituteur communal, fut imprimée et raconta à la population l'histoire de la cité. Fontaine-l’Évêque fut encore une des premières villes du pays à constituer un comité local de l'Oeuvre Nationale Reine Astrid, pour venir en aide aux malheureux. La présidence en était confiée à M. Ch. Descamps, juge de paix et grand invalide de la guerre 1914-1918. De nombreux notables fontainois faisaient partie de ce comité ; de grandes fêtes dans le parc communal étaient annoncées pour le 1er septembre 1935 quand survint le drame de Küssnacht, provoquant la mort de la reine Astrid. Les festivités prévues n'eurent pas lieu et l'Oeuvre Nationale fut mise en liquidation.

En vue d'améliorer et d'étendre le service de distribution d'eau, le captage de la source de Belle-Fontaine, à la rue de Piéton, fut décidé en 1937.

Les années qui précédèrent la deuxième guerre mondiale furent encore employées à l’amélioration de la voirie et à la modernisation de l’éclairage public.

LA VIE ÉCONOMIQUE:
Au lendemain de la guerre 1914-1918, l’exploitation de la pierre à chaux diminua fortement à Fontaine-l’Évêque ; une seule carrière, à l'Ermitage (Carrière Sténuick), restant en activité.

Les deux principales industries demeuraient la clouterie et le charbon alors que l'agriculture continuait son petit bonhomme de chemin comme elle le faisait depuis la période franque.

En 1925, les sept clouteries créées au XIXe siècle : les Clouteries Mécaniques, des Flandres, Baudoux, Dercq, 5ambre-Escaut, la Fontainoise et l’Espérance, auxquelles était venu s’ajouter en 1921 l’atelier Rosy construit à la rue d’Henrichamps, travaillaient à plein rendement ; elles occupaient de nombreux ouvriers. A titre d'exemple, la production des tréfileries était passée de 113.000 tonnes en 1913 à 300.000 tonnes en 1926-1927.

Les clouteries fontainoises intervenaient pour la toute grosse part dans ces tonnages. Les patrons faisaient d’excellentes affaires ; la condition des travailleurs avait fortement évolué elle aussi. Pendant quelques années, le cloutier fontainois vécut presque luxueusement. Mais cela ne dura guère.

Vers 1930, une crise mondiale atteignit le monde du travail et des affaires, car les pays clients étaient devenus producteurs et nous faisaient une concurrence terrible ; certains ateliers fontainois ne survécurent pas à cette crise. « L'Espérance » ferma ses portes en 1935, la Clouterie Mécanique Bayot en 1939.

Le chômage fit son apparition et avec lui son cortège de misères.

Au lendemain de la guerre, de nombreux étrangers s'installèrent à Fontaine-l’Évêque et travaillèrent à la mine ; le charbon était extrait dans quatre sièges : le numéro 1 dit « Pétria », le numéro 2 dit « Calvaire », le numéro 3 dit « Hougaerde, à la limite de Fontaine sur le territoire de Leernes et le numéro 4 dit « Bois d’Aulne » à Gozée. A partir de 1924, la société anonyme des Charbonnages de Fontaine-l'Évêque fit construire 49 maisons ouvrières : 27 à la cité du Moulin , 2 à la rue du Repos ainsi que 14 à Leernes et 6 à Gozée.

En 1927, cette même société ouvrit une école primaire et gardienne libre à la rue J. Despy.

Les enseignants de l'école du Charbonnage en 1953-1954

(Les enseignants de l'école du Charbonnage en 1953-1954)

En 1929, la S. A. des charbonnages de Fontaine-l'Évêque fusionna avec la S. A. d'Ougrée-Marihaye ; l’extraction en cette année 1929 fut de 330.200 tonnes de charbon gras à coke et demi-gras. Le nombre d'ouvriers occupés fut de 1850. Le 8 juillet 1931, cette nouvelle société demanda l'autorisation de réunir ses deux concessions de Beaulieusart et de Leernes-Landelies en une seule de 2449 hectares ; cette autorisation fut accordée par arrêté royal le 21 mars 1942.

Enfin en 1936, la S. A. d'Ougrée décida de céder ses concessions à la S. A. des Aciéries et Minières de la Sambre.

LES LOISIRS:
La loi des huit heures donna aux travailleurs des loisirs qu’ils n'avaient jamais connus auparavant. Pour les employer sainement, de nombreuses sociétés locales virent le jour dans les activités les plus diverses.

Déjà en 1844, une société de musique « La Royale Lyrique » avait été créée et avait connu de vifs succès nationaux et internationaux. Elle avait fêté pompeusement son 60e anniversaire en 1904.

D'autres sociétés musicales allaient proliférer à Fontaine : la fanfare libérale, la fanfare ouvrière « l’Avenir », le Cercle Mozart, la symphonie libérale, la symphonie de la Maison du Peuple, le Royal Accordéonist'Club. Une chorale « l'Orphéon fontainois » connut quelques années, un réel engouement.

Le carnaval fontainois dont l’origine est fort ancienne, se développait et donnait le jour à de nombreuses sociétés : les Philanthropiques, les Gilles de la Queue du Vivier, les Gilles à barrettes rouges, les Pierrots Noirs, les Pierrots Blancs, les Gilles de l'Hôpital, les Bouchers, les Pierrots Rouges.....

A cette époque, les bals masqués et costumés étaient fort en honneur et les habitants faisaient preuve d'une grande imagination pour la présentation des costumes qu'ils confectionnaient eux-mêmes. Pendant la bonne saison, des kermesses de quartier avaient lieu un peu partout dans la cité ; elles étaient organisées par la jeunesse de l’endroit : ducasses des Perziaux, des Gaulx, de la rue d'En-haut, de la rue de Binche, de la Queue du Vivier, du Pétria, de Beaulieusart, des Mays...

Le théâtre d’amateurs faisait aussi florès dans nos murs ; chaque parti politique : catholique, libéral, socialiste, possédait son cercle dramatique ; chacun rivalisait d’ardeur et d’ingéniosité dans la présentation de comédies. de drames, de revues et d’opérettes. Les cercles d’éducation populaire organisaient de nombreuses conférences avec projections lumineuses tandis que les cercles horticoles exposaient à leurs membres la manière de tirer un maximum de rendement de leur jardin ou encore la façon d’arrondir leur budget par la pratique du petit élevage.

Dans le domaine sportif, la gymnastique était fort prisée : trois sociétés donnaient l’occasion aux jeunes Fontainois de développer leurs muscles tout en fortifiant 1eur santé.

Ces sociétés décrochèrent de nombreux prix dans les tournois régionaux et même internationaux. Le football avait vu le jour à Fontaine-Sportif sur les Gaulx, l'Olympic-Club au Pont Navez et Pétria Sports à la route de Mons.

Mais c'était surtout l’époque de la petite balle au tamis. Dans ce sport, Fontaine acquit une renommée nationale notamment avec ses Magnes, Campion et Mangeleer.

La colombophilie était aussi en plein essor : l’affiliation colombophile organisait des concours en deçà de Paris pour ses membres tandis que le « club » groupant les communes voisines, jouait à deux jours de panier.

Le basket-ball vécut quelques belles années avec le club de la Maison du Peuple qui jouait sur la place de l'Esplanade ; dans les cafés de la ville, les sportifs en salle prouvaient leur habileté sur le billard à trois boules.

Au p'tit lac, rue Cressonnière

(Au p'tit lac, rue Cressonnière)

Mais à côté de ces délassements actifs, une attraction nouvelle se développait dans nos murs. En 1913, M. Léon Buisseret avait installé une salle de cinéma muet à l'étage de son habitation ; l'année suivante, il transformait son établissement et ouvrait une grande salle au rez-de-chaussée. Ce fut surtout après la guerre que cette nouveauté connut son plein succès; petits et grands étaient passionnés par les films cow-boys avec Tom Mix ; les films d'aventures avec Douglas Fairbanks, d'amour avec Rudolph Valentino et les films de guerre tels que « Verdun », « Les Croix de Bois », « La grande épreuve »,
« La grande parade »...

Le cinéma Le Grand Léon, Grand-Rue

(Le cinéma Le Grand Léon, Grand-Rue)

En 1935, un autre cinéma, parlant celui-là, fut ouvert sur la grand-place par Monsieur Auguste Libouton ; le cinéma du « Grand Léon » se décida à installer le parlant qu'en 1938, tant les films muets connaissaient un succès de foule. Cette impressionnante série de loisirs fut malheureusement interrompue par la crise économique ; faute d'argent, de nombreux travailleurs évitèrent de sortir et la vie populaire fut mise en veilleuse.

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